Une sélection classique de poêmes de Maurice Carême sur l'école :

 

L’écolière 

 

Bon Dieu ! que de choses à faire!

Enlève tes souliers crottés,

Pends donc ton écharpe au vestiaire,

Lave tes mains pour le goûter,

 

Revois tes règles de grammaire.

Ton problème, est-il résolu ?

Et la carte de l'Angleterre,

Dis, quand la dessineras-tu ?

 

Aurai-je le temps de bercer

Un tout petit peu ma poupée,

De rêver, assise par terre,

Devant mes châteaux de nuées ?

Bon Dieu ! que de choses à faire

 

Maurice Carême

 

 

 

 

Ma gomme

 

Avec ma gomme, dit l’enfant

-La gomme que j’ai dans le cœur-

Je puis rayer tous les malheurs.  

Avec ma gomme, dit l’enfant,

Je pourrais faire disparaître

L’univers et tous ses vivants.  

Mais qui jamais sur cette terre

-Fût-il le Dieu le plus fûté -

Serait capable d’effacer  

Avec sa gomme de lumière

Le beau visage de ma mère

Du livre de l’éternité !

 

Maurice Carême

 

 

Notre école

  

Notre école se trouve au ciel.

Nous nous asseyons près des anges

Comme des oiseaux sur les branches.

Nos cahiers d’ailleurs ont des ailes.

 

A midi juste, l’on y mange,

Avec du vin de tourterelle,

Des gaufres glacées à l’orange.

Les assiettes sont en dentelle.

 

Pas de leçons, pas de devoirs.

Nous jouons quelquefois, le soir,

Au loto avec les étoiles.

 

Jamais nous ne rêvons la nuit

Dans notre petit lit de toile.

L’école est notre paradis.

 

Maurice Carême

 

 

Pour dessiner un bonhomme

 

Deux petits ronds dans un grand rond.

Pour le nez, un trait droit et long.

Une courbe dessous, la bouche.

Et pour chaque oreille, une boucle.

 

Sous le beau rond, un autre rond

Plus grand encore et plus oblong.

On peut y mettre des boutons :

Quelques gros points y suffiront.

 

Deux traits vers le haut pour les bras

Grands ouverts en signe de joie,

Et puis deux jambes, dans le bas,

Qu’il puisse aller où il voudra.

 

Et voici un joli bonhomme

Rond et dodu comme une pomme

Qui rit d’être si vite né

Et de danser sur mon papier.

 

Maurice Carême

 



 

L’école

 

L’école était au bord du monde,
L’école était au bord du temps.
Au dedans, c’était plein de rondes ;
Au dehors, plein de pigeons blancs.

On y racontait des histoires
Si merveilleuses qu’aujourd’hui,
Dès que je commence à y croire,
Je ne sais plus bien où j’en suis.

Des fleurs y grimpaient aux fenêtres
Comme on n’en trouve nulle part,
Et, dans la cour gonflée de hêtres,
Il pleuvait de l’or en miroirs.

Sur les tableaux d’un noir profond,
Voguaient de grandes majuscules
Où, de l’aube au soir, nous glissions
Vers de nouvelles péninsules.

L’école était au bord du monde,
L’école était au bord du temps.
Ah ! que n’y suis-je encor dedans
Pour voir, au dehors, les colombes !

 

Maurice Carême

 

 

 

 

 

 

Alphabet

 

A c'est l'âne agaçant l'agnelle,
B c'est le boulevard sans bout,
C la compote sans cannelle,
D le diable qui dort debout.

E c'est l'école, les élèves,
F le furet féru de grec,
G la grive grisant la grève,
H c'est la hache et l'homme avec.

I c'est l'ibis berçant son île,
J Le jardin sans jardinier,
K le képi du chef kabyle,
L le lièvre fou à lier.

M c'est le manteau bleu des mages,
N la neige bordant le nid,
O l'oranger pris dans l'orage,
P le pain léger de Paris.

Q c'est la quille sur le quai,
R la rapière d'or du roi,
S le serpent qui s'est masqué,
T la tour au-dessus des toits.

U c'est l'usine qui s'allume,
V le vol du vent dans la voile,
W le wattman de lune,
X le xylophone aux étoiles.

Y c'est les yeux doux du yack
Oublié dans le zodiaque,
Z le zigzag brusque du zèbre
Qui s'enfuit dans les ténèbres,

Malheureux parce qu'il est
Le dernier de l'alphabet.

 

Maurice Carême

 

 

Ponctuation

 

- Ce n'est pas pour me vanter,

Disait la virgule

            Mais, sans mon jeu de pendule,

            Les mots, tels des somnambules,

            Ne feraient que se heurter.

 

- C'est possible, dit le point.

            Mais je règne, moi,

            Et les grandes majuscules

Se moquent toutes de toi

Et de ta queue minuscule.

 

- Ne soyez par ridicules,

            Dit le point-virgule,

            On vous voit moins que la trace

De fourmis sur une glace.

Cessez vos conciliabules.

Ou, tous deux, je vous remplace !

 

Maurice Carême

Lundi 8 septembre 1 08 /09 /Sep 10:00
- Par Maman ! - Publié dans : Textes
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